CafÉ du

châtaignier

 

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Plan établi en 1898 par l'architecte Adolphe Fraisse

A la fin du 19ème siècle, trois frères, Eugène, Jacques et Isidore Chatagny habitent la maison appelée “la vieille auberge” (aujourd’hui manège Winiger). Sans descendance, ils cherchent à remettre leur droit d’exploitation et la commune est intéressée.

Achat de la concession par la commune

"M. le Président informe le CC que les Frères Chatagny aubergistes offrent en vente leur droit d’auberge avec un quart de pose de terrain à bâtir situé à la bifurcation des routes Prez-Châtonnaye et Corserey-Chénens-Payerne. Le conseil communal estime que la question est importante et que la commune ferait une excellente affaire pour son avenir financier et moral en concluant le marché. On décide donc à l’unanimité des membres présents d’entrer immédiatement en tractation avec les prénommés".

Un mois plus tard, l’assemblée communale est convoquée pour se prononcer sur l’acquisition du droit d’auberge possédé par les Frères Chatagny. Une promesse de vente a déjà été passée entre les Frères Chatagny et le conseil communal. M. Louis Chatagny, syndic, “fait ressortir les avantages que retirera la commune de cette acquisition tant au point de vue moral que financier”. Aucune opposition ne se manifeste dans l’assemblée et, à l’unanimité, elle se prononce pour la ratification de l’acquisition par le conseil communal.

— Séances du Conseil communal, PV du 13 février 1898

Construction de l'Auberge du Châtaigner

“Selon les plans et devis élaborés par M. Fraisse architecte (qui est aussi l'architecte de l'église), le coût de la construction du bâtiment et des accessoires s’élèvera à Fr. 30’000.- Si nous ajoutons à ce chiffre l’indemnité à accorder aux Frères Chatagny aubergistes pour l’emplacement du terrain et pour leur renonciation à leur concession actuelle, la dépense totale de la commune ascendera à Fr. 40’000.- A l’unanimité l’assemblée adhère à ces dépenses et autorise le conseil communal à faire construire le bâtiment et à ouvrir à cet effet un crédit en compte courant du 4% à la banque de l’Etat jusqu’à concurrence de Fr. 40’000.- Du reste, l’assemblée déclare s’en rapporter à la décision du Conseil d'Etat.”

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— Séances du Conseil communal, PV du 28 mars 1898

Aussitôt les travaux sont mis en soumission et réalisés, si bien qu’en janvier 1899 déjà, les comptes de construction sont approuvés, et la concession pour l’exploitation de l’Auberge du Châtaignier est délivrée par l’Etat.
 

Derrière cette bâtisse, on installera un jeu de quilles, un urinoir et un jardin. En face, de l’autre côté de la route, les dépendances de l’auberge: une grange, une écurie, une remise et un abri pour voitures, le fameux péristyle qu’on voit apparaître déjà au début du siècle.

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Croquis de l’architecte Fraisse pour les dépendances de l’auberge en 1899

Noms des tenanciers du café du Châtaigner

1898   Théodore Chatagny
1910   Louis Dévaud
1916   Auguste Gross
1920   François Clément
1929   Robert Aebischer
1935   Ernest Francey
1939   Emile Gumy
1959? Eugène Macherel
1973   Vittorio Orazietti
1976  L’assemblée communale accepte la vente du café à la famille Joseph Ayer.

Vieille auberge

 

Un relevé cadastral du village a eu lieu en 1769, qui montre l'emplacement des habitations de l'époque. A l'intersection des chemins conduisant à Torny d'une part et à Grandsivaz d'autre part se trouvent deux maisons appartenant à la famille de Claude Chatagny, l'ancêtre commun des Chatagny. 

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Le fils de Claude, Jacques, exploite une pinte sur cette parcelle. 

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carte postale du début du

20ème siècle

La République helvétique promulgue en 1800 une nouvelle loi sur les auberges qui précise que chaque personne désireuse de vendre des boissons doit présenter une demande et qu’il ne sera délivré aucune patente pour vendre du vin dans des maisons qui n’avaient pas ce droit avant la Révolution. Jacques Chatagny, se battra pour faire reconnaître son droit. Il reçoit d'abord une réponse négative et fait recours.

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Un droit d’auberge a été accordé plus tard. Il appartenait aux Frères Chatagny (Eugène, Jacques et Isidore), les petits-fils de Jacques, lorsque la commune l’a racheté en 1895 pour construire l’Auberge du Châtaignier (voir ci-dessus).
 

Aucun de ces frères n’ayant de descendant, la maison reviendra à leur nièce, Eugénie, orpheline à l’âge de 10 ans et élevée par Eugène et sa femme. Détail piquant: Eugénie était la fille naturelle de Marie-Catherine Chatagny, soeur d’Eugène. Elle a été adoptée par le mari de sa mère, Dominique Bongard. Eugénie Bongard, épousera en 1910 Joseph Winiger, père d’Emile.
 

Et c’est ainsi que la maison natale des premiers Chatagny, qui restera dans la mémoire collective comme “la vieille auberge”, devint propriété des Winiger!